mardi 24 mars 2009

Le MR peut se rassurer : le PS n’est pas marxiste…

Au cours de son congrès européen tenu ce week-end, le MR a décidé de faire sien le vieil adage «la meilleure défense, c’est l’attaque», histoire de faire oublier ses déboires (gestion du dossier Fortis, du ministère des finances, du cas Aernout,…) et de bomber le torse face au PS. Au passage, Louis Michel en a profité pour caricaturer le marxisme. Un petit rectificatif s’impose…

Quand on entend le MR s’en prendre autant au PS, on pourrait presque oublier à quel point ces deux-là ont déjà pu s’entendre ! La déduction des intérêts notionnels si chère au ministre des finances, par exemple, a été votée avec la bénédiction complice du PS. Et si ce dernier, devant les journalistes, critique l’onéreuse mesure (plus de 2 milliards d’euros par an…) il se garde bien d’en demander l’abrogation. Le MR est bien ingrat : sans le PS et son rôle de frein sur les mobilisations du mouvement des travailleurs, beaucoup de mesures libérales auraient dû affronter une réaction de loin plus forte (Plan Global, Pacte des Générations, enseignement,…)

Devant les média, PS et MR (et CDH et ECOLO) s’adressent de belles engueulades, il y a de temps à autre des cris et des pleurs, des querelles d’égo, etc. mais au final, il existe une fort belle concordance de vues dès qu’il s’agit de sauvegarder les «intérêts généraux» de la nation. Tout irait pour le mieux si un tel terme ne cachait pas une politique unilatéralement favorable aux patrons et aux actionnaires, une politique qui se fait sur le dos des travailleurs et de leurs familles.

Revenons au week-end dernier et à ce fameux congrès où Louis Michel a déclaré: «Le débat européen sera instrumentalisé pour diaboliser le libéralisme. Les enfants égarés et honteux du marxisme vont tenter de confondre libéralisme et capitalisme sauvage.» Au-delà du fait qu’on apprécierait avoir une explication de Mr Michel sur la différence fondamentale qu’il voit entre le libéralisme et le capitalisme « sauvage », Di Rupo, Magnette & Co ne sont en rien des enfants du marxisme, même honteux ou égarés. Ce sont bien au contraire les héritiers de ceux qui, dès les origines du Parti Ouvrier Belge (l’ancêtre du PS), ont lutté contre les éléments les plus révolutionnaires et/ou se revendiquant du marxisme présents dans le parti. L’histoire des dirigeants du POB, puis du PSB et enfin du PS est faite de nombreuses trahisons des luttes des travailleurs et d’efforts tout aussi nombreux pour contrôler le mouvement ouvrier.

Mr Michel ne supporte pas ceux qui «crachotent piteusement leur ressentiment contre l’Europe libérale. C’est si simple de répondre ce qu’aurait donné l’Europe marxiste. Elle aurait été aussi monstrueuse que le furent les républiques d’Europe de l’Est : monolithe glacial, totalitaire, liberticide, sous-développé.» Il vise bien entendu le PS quand il parle de ceux qui «crachotent piteusement leur ressentiment». Mais qu’ont dû penser les travailleurs de La Poste ou tous les autres qui ont eu à souffrir des mesures de l’Union Européenne ? Il n’y a pas à douter que les riches amis de Mr Michel se sont régalés des privatisations et des libéralisations, mais il en va autrement pour l’écrasante majorité de la population dont le travail est justement la source des richesses de ces nantis…

Du reste, s’il pensait facile de qualifier ce que serait une Europe marxiste, il s’est lourdement trompé. La base du marxisme, c’est le pouvoir des travailleurs, une société démocratiquement planifiée en fonction des besoins de la population. Mr Michel est en droit de penser ce qu’il veut de la crédibilité d’une telle alternative, ses conditions matérielles ne le forcent de toute façon pas à rechercher un autre modèle de répartition des richesses produites. Mais assimiler les anciennes dictatures bureaucratiques de l’Est au marxisme, c’est au mieux de l’ignorance, au pire de la malhonnêteté.

Ceci étant dit, la planification de l’économie, même avec le frein parasitaire que représentait la bureaucratie, a permis à la population d’avoir des acquis sociaux qu’ils regrettent maintenant amèrement (plein emploi, accès à l’enseignement, soins de santé,…). Aujourd’hui, en Russie libérale (histoire d’adopter le langage de Mr Michel), en Roumanie ou ailleurs, on peut remarquer que la population n’a pas plus la possibilité de s’exprimer, mais que son niveau de vie s’est par contre effondré. Louis Michel n’en a cure, il juge le niveau de développement d’un pays à l’aulne du profit que peut se faire le secteur privé.

Dans son interview accordée au Soir («Ni Reagan, ni Thatcher. Libéral!», édition du 21 et 22 mars 2008), Louis Michel affirme d’ailleurs : «Moi, je constate que malgré ses défauts, notre système socio-économique a produit une richesse sans précédent». Il confond ses amis patrons et actionnaires avec le reste de la population. Nous, nous constatons qu’alors que des richesses gigantesques sont créées, le taux de pauvreté en Belgique est passé de 6% dans les années ’80 à 15% actuellement. Quel cynisme… On atteint des sommets quand Louis Michel s’offusque de toute comparaison à Reagan ou Thatcher : « Qu’on arrête cette diabolisation approximative !» Mais quand il veut préciser son propos, c’est pour justement pour revendiquer une « Europe plus libérale (!), qui compte sur des gens qui en veulent, qui considèrent qu’une crise, ce n’est pas un drame, mais d’abord une opportunité.» Qu’il aille expliquer cela aux milliers de travailleurs qui ont perdu leur emploi ou sont en passe de le perdre!

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