samedi 8 novembre 2008

Nouvelles actions de grève aux Carrefour et nouvelles agressions patronales

Ce samedi, les hypermarchés Carrefour connaissaient une nouvelle journée d ‘action et de grève pour protester contre l’ouverture d’un nouvel hypermarché Carrefour (le 57ième) à Bruges, où les travailleurs sont payés 25% moins que dans les autres supermarchés en travaillant 45 dimanches par an. Ces derniers week-end, les grève de Carrefour avait été cassées par la direction qui avait recouru aux huissiers et à la police. Au Carrefour de Sint-Pieters Leeuw, samedi matin, nous sommes intervenus au piquet en solidarité avec les travailleurs. Une fois encore, la direction n’a pas hésité à faire appel à la police et à un huissier pour forcer le piquet et distribuer des astreintes aux grévistes.

Par Nico M (Bruxelles)

L’idée de Carrefour est très simple : exploiter d’avantage les travailleurs pour augmenter ses profits en s’attaquant à leurs salaires et leurs conditions de travail. Le plan : ouvrir un 57ième hypermarché à Bruges avec des salaires réduits de 25% et plus de prestations le dimanche, moins payées également. Carrefour se profile ainsi comme un créateur d’emploi tout en introduisant un précédent grave pour tous les travailleurs de la grande distribution. Carrefour bafoue donc les conventions collectives et crée le futur modèle de rentabilité qui devra être appliqué à tous les emplois du secteur.

Carrefour créateur d’emplois ?

Au 31 décembre 2006 Carrefour employait 17.609 personnes. Un an après, il y avait 1.560 emplois de moins, notamment avec la fermeture de 16 supermarchés (900 emplois). Aujourd’hui, Carrefour veut faire pression en s’appuyant sur les 150 nouveaux emplois de Bruges. Mais le bilan est clair : 1.560 emplois jetés pour 150 nouveaux, mais avec des conditions beaucoup moins bonnes. La tactique est de franchiser les enseignes et donc de faire passer les emplois sous des conventions moins favorables ou alors licencier pour réouvrir plus tard avec à la clé des coûts salariaux revus à la baisse. De plus, Carrefour Belgique est celui qui emploie le plus à temps partiel (65.3% du personnel).

Un précédent grave pour le secteur.

Un délégué GB présent en soutien ce samedi nous explique : «Les autres enseignes regardent ça avec intérêt. Delhaize a déjà un projet similaire pour Gembloux». Si ce plan passe, c’est quelques dizaines de milliers d’emplois dans le secteur qui seront soldés à –25%. A chaque fois que la rentabilité ne sera pas suffisamment grasse aux yeux de la direction, les travailleurs seront priés de travailler plus pour moins de salaire sous peine d’être franchisés ou tout simplement licenciés avec la fermeture. Il est clair que Bruges n’est pas un cas isolé, c’est toute la convention paritaire qui est visée. Les travailleurs coûtent trop chers alors que le mouvement pour la défense du pouvoir d’achat n’a cessé de s’élargir depuis un an. Comme à chaque fois, ce sont les travailleurs qui payent les crises. Pour comparer, en 2005, le PDG Daniel Bernard avait été limogé pour prestations insatisfaisantes. Il avait au passage empoché au total plus de 38 millions d’euros.

Carrefour briseur de grève.

A côté de ces attaques sur les salaires et les conditions de travail, Carrefour en profite pour s’attaquer au droit de grève. Un autre précédent est en train de se jouer en ce moment avec les piquet à Carrefour. La direction attaque systématiquement le droit de grève pour rouvrir les portes des hypermarchés : arrestations, astreintes judiciaires et intimidation. Dans ses magasins, Carrefour tracte auprès des travailleurs pour casser le mouvement en faisant pression individuellement. Ces attaques en justice minent considérablement le droit de grève, nous devons le défendre. Il n’y a que la lutte et la solidarité qui puissent défendre efficacement nos droits. Autour des plans de Carrefour et des attaques sur le pouvoir d’achat en règle générale, c’est l’ensemble des travailleurs qui sont visés. Les directions tenteront toujours de diviser les travailleurs pour affaiblir les mouvements sociaux. Samedi à Carrefour, plusieurs autres délégations étaient présentes en solidarité, c’est une très bonne chose qu’il faut généraliser et amplifier. Mais en même temps, la police sous les ordres de la direction a procédé à des arrestations administratives sur le piquet emmenant plusieurs travailleurs et deux camarades du MAS/LSP venu soutenir l’action. Ils tentent par des moyens musclés de casser le droit de grève et la solidarité.

Le délégué GB nous expliquait la situation : «Les travailleurs se sentent impuissants face au géants de la grande distribution. Les gens vont laisser aller face aux intimidations et aux menaces de représailles». C’est ce qui va se passer si on laisse la direction et le gouvernement étouffer la lutte. Mais les exemples historiques ne manquent pas pour illustrer que la lutte paie quand elle est large et combative.

Nous avons besoin de syndicats forts et d’un plan de bataille pour défendre notre pouvoir d’achat. La plupart du temps, les négociations n’apportent que des miettes aux travailleurs. Pourtant, nous pouvons retourner le rapport de force en faveur de la majorité. Nous avons besoin de nous organiser. Les espoirs basés sur les partis traditionnels sont autant d’illusions, ce sont ces partis qui ont participé aux gouvernements successifs et qui ont mené les politiques néolibérales. Les syndicats doivent casser leurs liens avec les partis traditionnels. Les travailleurs doivent s’organiser dans un nouveau parti syndical pour défendre politiquement leurs revendications.

Un délégué de Carrefour nous a dit: «Je partage tout à fait ce point de vue. Tant que les syndicats ne rompront pas le cordon ombilical avec les partis traditionnels nous serons à leur merci. Il faut commencer un travail vers l’extérieure et vers les autres délégations pour un mouvement plus large. Il faut convaincre les gens qu’une victoire aujourd’hui c’est pour tous. Pour cela il faut armer les délégués pour convaincre les travailleurs et répondre aux attaques de la direction ».


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